IN MEMORIAM AGNÈS CABROL

AGNÈS CABROLAGNÈS CABROL
(1964- 2007)

      Le 7 janvier 2007, l’égyptologue française Agnès Cabrol s’éteignait, dans son village de Gordes (Vaucluse), non loin de la ville d’Avignon où elle était née 42 ans et demi plus tôt, en 1964. Pour ceux qui la connaissaient, l’annonce de cette disparition était attendue ; ce n’était que la fin d’un combat courageux et acharné contre une maladie rare et douloureuse qui diminuait ses forces depuis près de cinq ans.
Née en Provence et élevée à la campagne, Agnès Cabrol a rencontré l’égyptologie dans ses lectures et a vite rêvé d’y consacrer sa vie. Après son baccalauréat, elle « monte » à Paris et s’inscrit à l’École du Louvre. Ses professeurs, Christiane Ziegler, Claude Traunecker et moi-même faisons alors sa connaissance et sommes frappés par sa passion d’apprendre, ses dons, son ardeur.
Diplômée de l’École du Louvre (1987), puis de muséologie (1989), elle poursuit ses études à l’Université de Paris-IV et soutient une maîtrise intitulée « Les dromos de la région thébaine au Nouvel Empire égyptien » en 1991 sous la direction du Professeur Nicolas Grimal. L’étude des dromos, en particulier des criosphinx et des béliers d’Amon, la conduit tout naturellement à Karnak où, grâce à des missions auprès du CFEETK, elle confronte données épigraphiques et observations archéologiques. Élargissant son champ d’investigation aux voies processionnelles elle tente alors de reconstituer le contexte liturgique, les parcours, les navigations et les modes de circulation des processions dans la région thébaine. Sur ce sujet elle soutient d’abord un D.E.A. (1992) puis une thèse (1995) à l’Université de Lille-III, sous la direction du Professeur Dominique Valbelle. L’excellence de son travail est reconnue par le jury, composé des meilleurs spécialistes, le Dr. Hourig Sourouzian, et les Professeurs Valbelle, Traunecker, Murnane et Vernus. Le Professeur Jan Quaegebeur, disparu trop tôt, n’a pu être du jury mais il avait suivi les travaux d’Agnès et en avait compris les aspects novateurs et rigoureux. C’est pourquoi il lui avait proposé de publier « Les voies processionnelles de Thèbes » dans la série Orientalia Loviensia Analecta, ce qui fut fait en 2001, grâce au Professeur Harco Willems, successeur de Jan à Louvain.

      Ayant quitté Paris pour Lille dans les années 1990, Agnès Cabrol trouve auprès de l’Institut de Papyrologie et d’Égyptologie un accueil, un soutien matériel (allocation de recherche), un esprit d’ouverture et des perspectives qui la ravissent. Elle s’y fait des collègues, des amis, se découvre une passion pour l’enseignement de l’égyptologie et rencontre un vif succès auprès des élèves qu’elle forme, à titres divers mais, hélas, souvent temporaires, entre 1992 et 2002. Elle ne néglige pas les égyptophiles amateurs : les élèves de l’Institut Khéops à Paris (1993, 1996, 1997), comme ceux des associations « Papyrus » et « Vasco de Gama » qu’elle a contribué à créer à Lille, se souviennent de l’enthousiasme de son public à ses cours. Quittant les sentiers battus de Thèbes, elle est un moment associée aux travaux de Harco Willems et Claude Traunecker à Chenhour et à ceux de l’équipe de Lille-III à Tell el- Herr dans le Sinaï, sous la direction de Dominique Valbelle.
Ses difficultés matérielles cessent enfin en 2003 lorsqu’elle est nommée maître de conférences à Lille. Elle est déjà malade, mais si fière que son travail et son aptitude à l’enseignement soient reconnus. On peut, au passage, saluer l’attitude généreuse, humaine, de Brigitte Gratien, alors directrice de l’équipe de recherche CNRS, et de Didier Devauchelle, tout juste nommé professeur à la chaire de Lille, qui ont contribué à cette promotion pour Agnès tout en connaissant la gravité de son état de santé.
La bibliographie qui suit montre combien sa production, en une courte dizaine d’années, a été riche et brillante. Outre des articles fort savants, qui démontrent sa culture et sa capacité à croiser un regard de philologue et celui d’une archéologue, Agnès Cabrol a publié un ouvrage accessible à tous sur « Amenhotep III le magnifique » (éd. du Rocher, 2000). Cette somme impressionnante, écrite d’une plume alerte, sur un règne que l’on croyait connaître, dévoile l’étoffe d’une historienne à l’esprit critique, qui ne craignait pas de s’attaquer aux idées reçues. Son dernier projet est resté inachevé. S’étant intéressée à la représentation du dromos sculptée en bas-relief dans la chapelle de la tombe de Khabekhenet (TT2, nécropole de Deir al-Médîna), elle pensait, avec l’accord de l’Ifao, publier cette tombe (chapelle et caveau). Sa dernière mission sur le site (2003) l’avait enthousiasmée, elle y travaillait autant que sa maladie lui en laissait la possibilité.
Il est difficile d’évoquer l’égyptologue Agnès Cabrol sans parler de sa personnalité, si entière, voire excessive. D’une part, on peut dire à l’évidence que sa vie est une suite de difficultés, de malchances, de malheurs. Mais on doit aussi se souvenir qu’elle a eu des bonheurs éclatants au travail, que peu ont connus. Avec Agnès, rien n’était tiède. Elle s’est brûlée à vivre et, ce dimanche 7 janvier, au petit matin, la mort l’a consumée.

Guillemette ANDREU

BIBLIOGRAPHIE

« Remarques au sujet d’une scène de la tombe de Neferhotep (TT 49) : Les fonctions de Neferhotep, la représentation des abords ouest de Karnak et son contexte. Note annexe de Claude Traunecker », CRIPEL 15, 1993, p. 19-30.

« Un socle de statue au nom de Séthi II’’, CRIPEL 15, 1993, p. 31-35.

« Les criosphinx de Karnak : un nouveau dromos d’Amenhotep III », Cahiers de Karnak 10, 1995, p. 1-32.

« Une représentation de la tombe de Khâbekhenet et les dromos de Karnak-sud : nouvelles hypothèses. Les béliers du dromos du temple de Khonsou et l’intérieur de l’enceinte du temple de Mout », Cahiers de Karnak 10, 1995, p. 33-63.

« Une nouvelle épouse royale nommée Amenhotep », CRIPEL 19, 1998, p. 13-19.

« Les mouflons du dieu Amon-Rê », dans W. Clarysse, A. Schoors et H. Willems (éd.), Egyptian Religion. The Last Thousand Years I, Studies Dedicated to the Memory of Jan Quaegebeur, OLA 84, Louvain, 1998, p. 529-538.

Amenhotep III le Magnifique, Monaco, 2000, Éditions du Rocher.

Les voies processionnelles de Thèbes, OLA 97, Louvain, 2000.

« De l’importance du contexte pour l’interprétation : enquête préliminaire sur certains ensembles d’empreintes de sceaux datant de la fin de la XVIIIe dynastie », CRIPEL 22, 2002, p. 33-45.

Notices dans : Jean Leclant (dir.), Dictionnaire de l’Antiquité, éd. PUF, Paris, 2005.

« Croire au village », Dossiers d’archéologie n° 272, avril 2002, « Deir el-Medineh au Nouvel Empire », p. 48-57.

EXPOSITIONS

Commissaire de l’exposition : Tombes du Nil, Trésors funéraires de la Nubie, Château de Flers à Villeneuve d’Ascq, 1998 Catalogue électronique.

Notices dans le catalogue d’exposition Nubie, les cultures anciennes du Soudan, IPEL, Marcq en Barœul, 1994.

Notices dans le catalogue d’exposition : Les artistes de Pharaon : Deir el-Médineh et la Vallée des Rois au musée du Louvre, RMN-Brepols, Paris, 2003.

REMERCIEMENTS

      Nous tenons à remercier Madame Guillemette ANDREU, Conservateur en chef du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, qui nous a autorisés à mettre en ligne son hommage paru dans la revue Égypte. Afrique & Orient 44, 2006, p. 3-4.

      Nos remerciements vont également à Madame Christine GALLOIS, Administratrice de l’Institut Khéops et à Monsieur Thierry-Louis BERGEROT, Directeur de la revue Égypte. Afrique & Orient pour leur aide bienveillante, ainsi qu’à Julie Masquelier, pour la photographie.

      Un autre hommage à Agnès Cabrol est paru sur le blog Djeser Djeserou.